Comment capter la lumière ?

soleil à travers les persiennesApprécier les qualités multiples du bâti ancien, son caractère, ses volumes non standards, son élégance, ne nous oblige pas à apprécier certains défauts comme l’humidité ou le manque de lumière.
Le cinéma ou des souvenirs d’enfance nous font apprécier l’ombre de certaines pièces quand il fait chaud, mais la lumière tamisée par les persiennes est une ombre choisie, maîtrisée.

Avant de nous en cacher, laissons entrer le soleil !

Dans cet article nous abordons un problème ressenti par de nombreux propriétaires de maisons anciennes : Comment avoir plus de lumière sans défigurer le volume de ma maison ? A cette question il existe quelques réponses qui ont fait leur preuve et que nous allons détailler.

Autant de moyens d’échapper à l’alternative entre la terrasse qui casse le bâti et rien.

  • L’oriel ou “bow-window”
  • Le patio suspendu
  • L’impluvium
  • La loggia
  • Le studiolo
  • L’altana

L’oriel, ou “bow-window”

ORIEL St jean de Luz
Un Oriel ou bow-window en cours de pose à San Sébastien. De la profondeur du balcon jusqu’à 1m de haut, l’oriel s’élargit au dessus sur la largeur d’une tablette de 25 cm.

C’est une solution élégante, une sorte de dedans-dehors lumineux, qui peut s’ouvrir ou se fermer entièrement. Exposé au sud l’oriel apportera de la chaleur l’hiver mais il faudra se protéger du soleil l’été pour éviter la surchauffe.

C’est la version minimaliste de la serre d’hiver, autrefois accolée à la maison.

On en trouve de très nombreux exemples sur la côte Basque, en France et en Espagne.

Si vous avez un balcon il est peut-être possible de créer un oriel. Derrière l’oriel vous pourrez agrandir la baie jusqu’à doubler sa largeur (demandez au maçon le prix d’un “sous-oeuvre de … 2m de large).

Si la baie actuelle n’a pas trop de caractère vous aurez probablement un accord sur le Permis de Construire que vous allez poser. Si vous êtes dans un périmètre protégé, pour mettre toutes les chances de votre côté, joignez des exemples de “bow-window” photographiés dans votre région. Faites dessiner l’Oriel à un architecte ou à un menuisier. Joignez son devis à votre PC. Ce n’est pas obligatoire mais ça illustre le sérieux de votre démarche. Prenez conseil auprès du CAUE de votre département, il pourra vous aider à affiner votre projet (montrez leur cette photo).

Les patios “suspendus”, intégrés au volume de la toiture.

Terrasse vue profil
Traitez avec soin le raccord de la terrasse avec les rives de la toiture.

Dans les centres anciens protégés les terrasses visibles sont souvent interdites, mais les terrasses discrètes parfois possibles. Vous aurez toujours un espace ouvert sur le ciel mais bordé de murs, un patio “suspendu” … comme les jardins !

Quelques règles simples vous aideront à présenter un projet respectueux du volume de votre maison.

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Le principe est simple : Conservez toutes les rives dans leur aspect actuel.

terrasse zinc
Un beau travail de zingueur.
  • Côté rue gardez le débord de toiture initial.
  • Si besoin démontez le bord de toit existant, surélevez les murs périphériques et reconstituez le débord de toit initial plus haut (génoise, corniche ou débord sur chevrons).
  • Côté rue la couverture (tuiles ou tout autre matériau de couverture) se prolongera aussi sur le mur “gouttereau” pour le protéger.
  • Gardez le profil des murs pignons avec leur pente. Conservez les tuiles de rives et quelques rangées de tuile pour éviter les infiltrations par le haut des murs pignon. Gardez au moins 0,60m de tuile tout autour de votre patio, et si possible 1 m.
  • Limitez la surface de la terrasse. Mieux vaut 9 m2 que rien.
  • Si possible centrez le patio par rapport à l’ensemble du pan de toiture.
  • Pour le traitement de l’étanchéité des terrasses, voir les conseils à la fin de l’article.
terrasse
La Terrasse “Patio” est entourée de murs hauts. La faible pente du toit la rend peu ou pas perceptible depuis la rue. Les murs protègent de la vue et du bruit si on est en ville. A gauche, côté rue, une génoise a été reconstituée pour que le mur de façade surélevé ne laisse pas deviner la terrasse. A droite une baie vitrée capte le soleil sans défigurer la façade.

 

L’impluvium ou puits de jour

puits de jour
Celui-ci est grandiose mais un puits de jour même modeste apportera toujours de la lumière.

Si les terrasses ne sont pas autorisées ou si vous n’avez pas la place pour une vraie terrasse, le puits de jour est peut-être la solution. Il peut éclairer seulement le dernier étage ou plusieurs étages.

Supposons que vous ayez la place de découvrir la toiture sur une surface de 2m sur 2m soit 4m2.

Première précaution, positionner cette prise de jour au centre de la toiture, d’un seul côté du faîtage. Vous pouvez disposer des baies tout le tour pour éclairer une ou plusieurs pièces, par exemple 2 côtés sur le séjour cuisine, un côté sur une chambre et un côté avec un mur plein.

puits de jour Arles
Puits de jour “impluvium” à Arles … là j’avoue que j’ai vu un peu grand… Vous allez devoir transposer.

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Les loggias

Loggia
Le principe de la loggia est finalement simple. Deux poteaux en pierre ou en fonte portent une poutre qui soutient l’avant toit.

C’est une solution qui n’existe pas dans toutes les villes mais qui s’adapte à presque tous les bâtis anciens.

La loggia peut apporter un certain “style”, une certaine grâce à du bâti simple ou même prestigieux.

Cet espace ouvert mais couvert permet de garder le débord de toiture dans sa position d’origine.

La loggia est normalement ouverte.  Des fenêtres assurent parfois la fermeture de la loggia. Le garde corps sera assuré par le mur de façade qui monte à 1m du sol intérieur. Evitez les gardes corps métalliques qui protègent moins du vent et du bruit de la rue. Posez une petite dalle de pierre ou des dalles de marbre sur le mur, pour le protéger des infiltrations et le tour est joué.

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Le studiolo

studiolo Italie
En Italie du Nord comme en Toscane un studiolo, pièce unique, surplombe parfois le paysage.

Nous sommes en Italie. Au milieu de ses terre le volume imposant d’une maison de maître avec son toit à 2 ou 4 pentes et au milieu de la toiture, minuscule, une petite pièce en surcroît, le “studiolo”.

Ce petit cabinet de méditation et de travail, serait apparu dans l’Italie de la Renaissance.

Ouvert sur 2 côtés il fait du paysage un spectacle. Espace paradoxal, à l’écart des bruits de la maison, isolé mais ouvert sur le monde.

Un monde tenu à distance pour laisser les pensées suivre leur cours.

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studiolo mer
Mon interprétation du studiolo.

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Cette solution ne sera peut-être pas facile à défendre mais si vous regardez sur la mer des toits vous apercevrez parfois des pièces isolées qui émergent.

Prenez les en photo et joignez cette preuve à votre dossier. Après tout, vous ne souhaitez que reproduire une de ces fantaisie du bâti ancien, une de ces forme qu’aucun règlement ne prévoyait ni n’interdisait et qui donne tout son charme aux centres anciens.

 

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L’altana

Altana VeniseL’Italie encore nous apporte une de ces solutions imprévues qui font rêver.

Vous voici rendu à Venise. Levez la tête, regardez au dessus des toits et vous verrez parfois une drôle de terrasse en bois, légère, appuyée sur 2 poteaux à l’aplomb du mur de façade, comme en lévitation sur la toiture.

Cette terrasse curieuse, pour le moins visible, ostentatoire, goguenarde, est impossible au regard de nos règlements.

L’Altana ne défigure pas Venise la belle mais serait un outrage pour nos centres villes anciens. Nos moeurs n’y sont pas habituées ? Et bien il est temps de s’y mettre. Les mauvaises idées ne demandent pas la permission, invitons les bonnes.

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Renversez les clichés

Oubliez le séjour au 1er étage et les chambres sous toiture. Aménagez le séjour cuisine sous la toiture et les chambres en dessous avec la salle de bain. Vous y gagnez sur tous les plans.

  • Un séjour cuisine ouverts sur une terrasse par une grande baie vitrée en recul qui ne défigure pas le volume de votre maison ancienne.
  • Un volume sous toiture rampant qui agrandit la pièce à vivre.

Le dernier conseil que je puisse donner vous concerne si vous venez d’acheter votre maison et réfléchissez à la meilleure distribution possible.

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Comment profiter au mieux d’une terrasse ?

Evidemment si vous avez un espace extérieur, courette ou petit jardin, il sera probablement intéressant d’ouvrir le séjour sur cet espace extérieur pour en profiter quand le climat le permet. Dans ce cas on peut considérez que cet espace extérieur est un prolongement du coin repas et du volume intérieur, alors si possible appliquez ces 3 conseils :

1 – Faites poser une baie à galandage (qui disparaît dans une contre-cloison). Elle libère 100% du passage. Si ce n’est pas possible faites poser une baie composée de 3 coulissants. Elle dégagera 2/3 du passage soit 66% alors qu’une baie ordinaire composée de 2 coulissants ne dégage que 50% du passage.

2 – Faites encastrer le rail de la baie coulissante pour qu’il ne soit pas en relief par rapport au sol intérieur.

3 – Posez un caillebotis bois sur la terrasse extérieure. Ce caillebotis calé à la hauteur du sol intérieur escamote le dénivelé entre le sol extérieur plus bas et le sol intérieur. Les caillebotis ont 3 avantages par rapport aux sols en carrelage :

  • Ils ne chauffent pas au soleil, l’été.
  • Ils laissent les poussières passer dessous (on ne ramène pas de terre collé sous les semelles à l’intérieur)
  • Le caillebotis est en général plus esthétique qu’un carrelage.
  • On peut éviter la pose d’un carrelage et avoir accès à l’étanchéité pour la réparer sans casser le carrelage, si la terrasse est en hauteur, sur une dalle.

 

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Cet article sort un peu de mes rails techniques habituels, mais vous avez compris que le bâti ancien c’est avant tout de beaux espaces qui nous captivent.

Ils ont beaucoup à nous apprendre si nous leur prêtons attention. 

Si vous avez vu d’autres moyens d’éclairer le bâti ancien sans le dénaturer, envoyez moi une photo, je l’ajouterai à cet article.

Merci

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Enduire ou rejointer et laisser le mur à nu ?

Qui voudrait cacher ces matériaux ?
Qui voudrait cacher ces matériaux ?

C’est le “To be or not to be” de la façade. Etre ou ne pas être à nu ? On se pose souvent cette question quand les travaux approchent.

Sous l’enduit il y a des pierres, des briques, un pan de bois, de la terre crue, parfois du plâtre. Le moment est venu de décider. Allons nous enduire ou laisser ces beaux matériaux apparents ?

Nous allons voir qu’il faut commencer par regarder en face nos à préférences, nos “à priori”. Nous avons envie de voir le mur, la richesse d’aspect des matériaux d’origine, mais nous savons aussi que l’enduit apporte une protection parfois indispensable. Alors que faire ? To be or not to be ?

Continue reading “Enduire ou rejointer et laisser le mur à nu ?”

Murs, murs

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Nous allons parler de murs qui étaient là avant nous. De murs qui ont au moins un siècle, faits de matériaux assemblés par des maçons, murs de pierres, de terres crues ou cuites, de pans de bois.
Pour monter ces murs les maçons ont utilisé un mortier de hourdage souvent en terre crue. On gardait la chaux, trop chère, pour l’enduit.

Chaque mur se caractérise par les matériaux employés, par le mortier de hourdage, par sa fonction porteuse le plus souvent mais dans le pan de bois on distinguera la structure porteuse et les matériaux de remplissage, calés entre les pièces de bois de la structure.

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Pierres de tout-venant à joints larges et encadrement taillé en retrait pour recevoir un enduit. Tout indique que cette façade du XIXeme devrait être enduite.

Une dernière question sera abordée dans cette fiche à propos de chaque mur, peut-on le laisser apparent, simplement rejointé ou doit-on l’enduire ?

Cette question préparera l’article suivant : “Enduire ou laisser le mur à nu ?”.

Cette fiche conseil est la 1ere d’une série de trois : 

– QUELS MURS ? Les types de murs, leurs points faibles et comment les traiter.

– ENDUIRE OU LAISSER LE MUR A NU ? Des critères permettent souvent de savoir si un mur doit être enduit ou s’il peut rester à nu simplement rejointé.

QUELS JOINTS ? Si vous devez jointoyer un mur, quel type de joint pouvez vous envisager ? Comment concilier la technique et l’esthétique ?

QUELS MURS ?

Pour savoir comment BIEN traiter un mur on va regarder …

  • les matériaux qui le composent
  • ses mortiers
  • son aspect d’origine
  • les altérations qui ont modifié ses qualités et son aspect.

Nous allons décrire les murs les plus courants selon ces critères pour en déduire quels traitements vous pouvez envisager. Nous allons évoquer les raisons principales qui invitent à laisser un type de mur rejointoyé ou enduit, mais c’est l’article prochain “Enduire ou laisser le mur à nu ?” qui illustrera ces critères par le détail.

LES FONCTIONS D’UN MUR sont multiples.

  • Porter les planchers et la toiture
  • Se protéger des éléments extérieurs : vent, froid, chaleur, pluie, intrusions et occulter la vue.

On peut traduire ces fonctions en qualités que votre mur a ou n’a pas. Nous allons évoquer les situations les plus fréquentes sur le bâti ancien.

Le mur est il assez isolant, quelle est son inertie ?

Si le mur est lourd il n’est pas isolant. Son poids apporte de l’inertie c’est à dire de la fraicheur en été et du froid en hiver . Sur le bâti ancien il est généralement impossible d’isoler par l’extérieur. Il vous reste à isoler par l’intérieur. C’est bien pour une résidence secondaire puisque vous pourrez augmenter la température de l’air sans chauffer les murs mais c’est un handicap en hiver pour une résidence principale. L’isolation par l’intérieur coupera aussi le rayonnement froid des murs, facteur d’inconfort en hiver.

Si le mur est léger comme certains pans de bois au remplissage isolant, il a peu d’inertie mais il apporte le confort d’une isolation d’autant plus efficace qu’elle est épaisse.

La fonction porteuse d’un mur peut faiblir pour diverses raisons : 

Des pertes de cohésion internes au mur : Quand des infiltrations durables ont  lentement délavé les mortiers de hourdage à l’intérieur du mur. Les joints sont creux et des matériaux bougent. Il faut remailler et couliner.

(Voir le lexique si besoin)

Des altérations de la structure : La pose de planchers béton s’accompagne souvent de 2 erreurs : Des saignées périphériques qui affaiblissent certains murs et la dépose des poutres des planchers bois qui assuraient une liaison entre les murs opposés.

Des surcharges : L’ajout d’étages, le remplacement de planchers par des dalles en béton mal liées aux murs périphériques.

murs baies bouchées 300
Ben voyons !

De nouvelles baies mal disposées : On doit s’efforcer d’adapter le plan aux baies. De conserver les baies existantes. D’en créer au dessus ou au dessous des baies d’origine pour ne pas modifier les descentes de charge sur le sol. Il est toujours  préférable de ne pas percer des baies dans les pleins des murs porteurs. Préférer 2 baies accolées séparées par un pilier en pierre plutôt qu’une baie large. Dans le bâti ancien les baies larges sont généralement seulement en rez de chaussée, carrées ou plus hautes que larges.

Mur fondation
Fondations peu profondes
Mur à double parement

Les abords des fondations modifiés  : Quand il n’y a PAS de caves, les fondations du bâti ancien sont en général peu profondes. Si on creuse à proximité le terrain se décompresse et se dérobe sous le poids du mur. En général les fissures se manifestent en premier dans l’enduit. On piquera l’enduit pour voir si le mouvement a aussi entrainé une séparation des matériaux dans l’épaisseur du mur. On peut considérer en général qu’il ne faut pas décompresser la terre dans la zone comprise dans un angle de 30° à partir de la base du mur. On cherchera à identifier et éliminer la cause du mouvement de structure avant de demander la pose d’agrafes ou de tirants. L’avis d’un ingénieur est indispensable pour réaliser des travaux qui n’aggraveront pas le déséquilibre.

Des remontées d’humidité : Voir les solutions dans l’article “Humidité” à venir.

 

 LA STRUCTURE DES MURS

Pour les murs du bâti ancien, on peut distinguer au moins 3 types de structure.

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Mur massif en pierres de taille. Construction Romane à St Guilhem le désert.

Les murs massifs : Ils sont homogènes dans la masse, ce sont les murs en pierres de taille, en pierres équarries, en briques ou en “calcestruzzo” autrement dit en béton de chaux, mélange de pierres jetées dans un mortier de chaux et sables ou charges pouzzolaniques.

 
 
 
 
 

mur fourré 500Les murs fourrés à double parement : Les matériaux sont assemblés avec plus de soin sur les 2 faces du mur, côté intérieur et extérieur. L’espace entre ces 2 murs parallèles est rempli d’un mélange de pierres et de mortier de chaux et sable ou de terre. La photo montre bien le point faible de ces murs. C’est le manque de liaison entre les 2 parements, quand le maçon n’a pas pris soin de disposer des pierres traversantes pour relier les 2 faces du mur. Le remplissage de terre et pierres sans chaux est fréquent. On comprend qu’une saignée dans un mur à double parement revient à couper un  parement.

Mur pan bois isolant 300Les murs à structure porteuse et remplissage :  Les bois forment un squelette, c’est la structure porteuse des murs, des planchers et de la toiture. Entre les pièces de bois un matériau de remplissage assure l’occultation, l’inertie, et une isolation variable selon le matériau de remplissage. La terre est un bon isolant mais ces murs ne sont pas très épais. Leur point faible est la sensibilité du bois à l’humidité si un revêtement trop étanche les enferme et les interventions qui modifient la structure à la légère.

On peut classer les pierres qui composent les murs en fonction de la qualité du travail de taille dont elles témoignent.

LES MURS EN PIERRE DE TAILLE

29On nomme “Pierre de taille” les blocs taillés avec une précision telle que les joints Les joints se situent souvent entre 1 et 5 mm, et toujours moins de 1cm d’épaisseur. Le mortier ne participe pas à la stabilité de ces murs. Un coulis de chaux assure parfois une étanchéité complémentaire des joints.

Lors du ravalement on veillera à ne pas épaufrer le bord des pierres. Les joints seront si besoin regarnis d’un mortier de pierre concassée ou de sable fin et de chaux. La couleur et la granulométrie du joint seront aussi proche que possible de la pierre du parement. On cherchera à restituer un effet d’ensemble, à fondre le joint avec les pierres. Si la pierre est poreuse, une patine à la chaux ton pierre, passée sur la pierre et sur le joint, peut affiner l’effet d’ensemble recherché. La pierre de taille n’est jamais enduite.

LES MURS EN PIERRES EQUARRIES

6Plus grossièrement taillées que les pierres de taille, les pierres équarries présentent des joints d’une largeur qui varie de 1 à 3 cm. Un mortier de sable et de chaux, assure la liaison entre les blocs dans la masse du mur et garnit les joints des parements. Avant de regarnir les joints dégradés on purge le mortier instable sur 2 cm ou 3cm de profondeur. Les nouveaux joints se composeront de chaux et de sable.

On réalise des joints pleins, ni en retrait ni en saillie par rapport au niveau des pierres. Le mortier de jointoiement devra approcher la couleur des pierres par le choix des sables ou l’inclusion de pierre concassé ou de terres naturelles sans matières organiques. Le joint est coupé avec le tranchant de la truelle. Il peut-être brossé quand il est encore souple pour refermer les fissures qui se forment au contact de la pierre. Les mortiers à base de chaux aérienne ou faiblement hydraulique (NHL 2) se laissent resserrer plus longtemps. Les pierres équarries sont parfois enduites mais souvent laissées apparentes.

MURS EN PIERRES FROIDES HOURDÉES AU CIMENT 

9Les murs édifiés en bordure des voies de chemin de fer se composent fréquemment de pierres froides polygonales maçonnées au ciment. Les maçons qui maîtrisaient cet appareil l’ont réalisé également sur certaines maisons ou pavillons jusqu’au milieu du XXeme siècle. (9) De nombreuses caves viticoles édifiées au XIXeme et début XXeme utilisent les même matériaux : pierre froide et ciment.

 

10Les joints de 2 à 3 cm s’apparentent à ceux des pierres équarries. Le ciment utilisé pour bâtir le mur se retrouve également dans les joints. Il ne pose pas de problème technique avec les pierres froides, insensibles à l’eau. Dans ces ouvrages la pierre claire posée avec soin est mise en valeur par des joints qui varient du gris pâle au beige et au jaune terre de sienne. Ces joints se situent généralement en léger retrait (environ 5 mm) par rapport aux pierres du mur, pour mettre en valeur l’appareil soigné des pierres. Ces maçonneries ne sont généralement pas enduites.

LES MURS EN PIERRES DE TOUT-VENANT

11Ces murs de blocage sont très fréquents dans certaines régions. Comme le dit leur nom, les pierres “de tout-venant” ne sont pas taillées. Elles étaient cueillies dans leur forme naturelle, sommairement triées et mises en place dans la masse du mur par empilement dans un bain de mortier. Le rôle du mortier est ici primordial. Il lie les pierres et donne au mur sa compacité. La prise lente du mortier a conduit à bâtir des murs épais capables de tenir malgré la faible résistance initiale du mortier. Le mortier prenant sa résistance avec le temps a apporté un complément de cohésion qui explique la stabilité de ces murs quelques siècles après. La grande quantité de chaux et de sable nécessaires étant coûteuse, les mortiers de hourdage des murs en pierres de tout-venant sont fréquemment constitués de terre crue sans chaux.

12LES JOINTS des murs en pierres de tout-venant sont larges et irréguliers. La surface de la façade exposée à la pluie se compose de 30% à 50% de joints. Si les joints ont été réalisés en montant le mur, ils ont la même composition que le mortier situé au cœur du mur, souvent terreux. Si les joints ont été repris dans un 2eme temps ils se composent de chaux et de sable et n’ont pas la couleur des joints de hourdage. Si les joints de surface sont en ciment et le fond des joints en terre, il est important de piquer le ciment et de remplir les joints avec un mortier de chaux et de sable qui retiendra moins l’humidité, incompatible avec la terre crue.

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Quand le maçon prévoyait de laisser les joints apparents il prenait plus de soin dans la disposition des pierres de tout-venant qui s’alignent parfois en lits horizontaux.

On trouve parfois des pierres de tout-venant posées en assises horizontales.  Cette pose témoigne d’un soin et d’un savoir-faire proche de la construction en pierres sèches. Plus réguliers, les joints de ces pierres assisées présentent une surface d’exposition à la pluie moindre en façade.

Le plus souvent posées sans soin, les pierres de tout venant étaient grossièrement triées. Les meilleures pierres (grosses, allongées ou froides) étaient utilisées pour le pignon que l’on prévoyait de ne pas enduire. Les autres (poreuses, petites ou de forme irrégulière) constituaient la masse du mur de façade qui allait recevoir un enduit. Cette observation faite par un maçon met en évidence l’erreur qui consiste à écorcher les façades, à leur enlever leur peau protectrice et à mettre en évidence ce que l’on avait bâti sommairement dans l’attente d’un enduit protecteur.

Les façades en pierres de tout-venant sont généralement enduites. Elles étaient laissées apparentes dans des cas particuliers, comme les volumes non habités, qui seront détaillés dans la fiche conseil suivante.

LES PIERRES DE TOUT-VENANT APPARENTES

On laissait parfois les pierres apparentes sur les murs épais des pignons aveugles et sur les façades des remises agricoles. Dépourvus de menuiseries et d’enduit côté intérieur, les murs de ces remises séchaient rapidement.

A l’inverse, on recommande d’enduire les remises transformées en habitation pour éviter les infiltrations d’eau qui peuvent altérer les doublages intérieurs. Le chauffage induit aussi un point de rosé dans la masse du mur ce qui pousse également à rechercher la protection d’un enduit “respirant” à la chaux.

Le changement de fonction accroît les causes d’humidité et freine son évacuation. Un enduit respirant, autrefois inutile, devient alors nécessaire pour réguler les migrations.

Point de rosé : Point à l’intérieur d’un mur froid, où l’air chaud de l’intérieur d’une maison, chargé de vapeur d’eau, se condense en eau. Ce phénomène n’existe pas dans une remise dont l’intérieur est plus froid et plus aéré qu’une maison habitée.

LES MURS EN BRIQUES

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La brique peut rester à nu si elle est bien cuite mais elle était aussi parfois prévue pour recevoir un enduit fin. L’enduit fin cachait les joints des briques et les joints A et B taillés en creux donnaient à l’enduit fin l’aspect d’un appareil en pierres de taille.

A Perpignan les briques, nommées “Caïroux”, traversent toute l’épaisseur des murs qui font 22 ou 44 cm d’épaisseur, selon le sens de pose des briques.

On ne laissera pas apparents les parements dont les briques mal cuites se délitent. Si le mur se compose de briques de qualité médiocres posées en retrait par rapport aux encadrements, on pourra également les enduire pour les protéger.

Quand les briques sont au même nu que les pierres des encadrements un enduit en surépaisseur serait disgracieux. Il s’arrêterait en relief par rapport aux encadrements. On peut quand-même appliquer un enduit d’une épaisseur de 1cm et qui l’on raccordera en pente douce aux nu des encadrements.

Pour limiter les infiltrations d’eau on veillera à entretenir les joints. Les joints dégradés sont regarnis. Les joints stables sont conservés et un badigeon de chaux rouge brique passé sur les joints et les briques redonne un effet d’ensemble.

Sur les briques un enduit mince de quelques mm,  nommée “Sagramatura”, était parfois appliqué. Sa faible épaisseur, comme une peau, laisse deviner les briques. Cette technique est plus fréquente en Italie, vers Bologne ou Venise. A ma connaissance elle est peu ou pas connue à Perpignan et Toulouse.

LES MURS EN PAN DE BOIS

21ENDUIRE : On enduira les pans de bois dont les matériaux de remplissage sont trop irréguliers ou trop sensibles à l’eau (plâtre / briques mal cuites / terre crue).

Les murs de faible épaisseur peuvent aussi souffrir du manque d’enduit. Plus généralement on cherchera quelle était l’intention d’origine. Si un enduit était prévu les bois sont parfois plus grossiers ou de réemploi et les remplissages moins soignés. Dans tous les cas l’enduit sera mince pour ne pas déborder le nu des bois.

20NE PAS ENDUIRE : On a pu enduire, pour les protéger des incendies, des maisons à pan de bois  initialement apparents.

A l’inverse, la disposition des briques à l’intérieur des panneaux témoigne parfois d’une disposition décorative évidente qui justifie de les laisser apparentes. Les remplissages soignés qui accompagnent les pans de bois sculptés restent également apparents. On apportera alors un grand soin dans la réalisation des joints, que l’on resserra en particulier le long des pans de bois, pour limiter les infiltrations.

 LES MURS EN PIERRES SÈCHES

22Les murs en pierre sèche sont composés de pierres froides de tout-venant, de forme naturellement plate. Seul le coup de main et le coup œil ont donné sa stabilité au mur.

Comme les pierres de taille, les pierres sèches reposent directement les unes sur les autres. Aucun mortier ne vient répartir les charges entre les pierres. Ces murs ne sont ni enduits ni jointoyés.

ANTICIPER LES TRAJETS DE L’EAU

Comme toujours l’esthétique ne doit pas occulter la technique. On doit anticiper l’écoulement des eaux sur les façades non enduites. Si le remplissage reste apparent, on veille à limiter la pénétration d’eau par les fissures qui se manifestent au contact des bois. On resserre le mortier en cours de prise. Les mortiers à base de chaux aérienne se prêtent encore le lendemain à ce travail soigneux de resserrage.

On peut également appliquer un lait de chaux de la teinte des briques, sur les briques et sur le joints. Sous la peau du badigeon de chaux on devinera encore les briques. Le badigeon permet également des recharges périodiques sans décapage complet. Son vieillissement s’accorde au mieux à l’esthétique du bâti ancien. En complément des badigeons périodiques, il faut vérifier régulièrement l’état de la zinguerie et du bord de toiture. Les infiltrations en bord de toit doivent être détectées et réparées avant que les petites fuites ne sapent lentement mais sûrement les murs.

Conclusion

Comme on l’a vu il y a Murs et Murs, comme dit Agnès (*) . Murs solides et murs à conforter, murs à laisser apparents et murs à enduire. Vous avez quelques cartes en main pour diagnostiquer et orienter vos travaux. La fiche conseil suivante “Enduire ou laisser le mur à nu ?” va illustrer ces alternatives.

N’hésitez pas à laisser un message pour dire en quoi cette fiche vous a aidé, ce qu’il faudrait préciser, et quelles questions restent sans réponse. Pour compléter cet article envoyez des photos de vos murs s’ils sont différents des murs présentés ici.

Merci

(*) – Pour les curieux qui m’ont posé la question … c’est le titre d’un film d’Agnès Varda.

Les appuis des baies

Groucho Marx
LA BAIE ? … L’APPUI ?

La baie c’est le vide dans le plein du mur.

L’appui c’est le mur en bas du vide, le rebord sur lequel on se penche pour fermer les volets.

Vu d’en haut l’appui n’a pas beaucoup d’allure. Il est plat, un peu en pente vers la rue et souvent poussiéreux. Cette poussière, l’eau de la pluie ou des pots de fleur l’emporte et là tout se complique …

Lire la suite …

Restaurer la pierre de taille

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La pierre de taille des encadrements, des parements et des moulures se dégrade pour diverses raisons.

– Des remontées d’humidité trop fortes en pied de mur

– Une concentration de l’humidité sur les encadrements à cause d’un enduit ciment qui empêche la sortie de l’humidité sur l’ensemble du mur.

– Un sablage qui a enlevé le calcin

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– Une pollution acide qui se concentre et dissout le calcaire.

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Nous allons voir comment réparer une pierre de taille dégradée en surface. Lire la suite ………….

FICHUES FAÇADES

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Si vous voulez remettre en valeur et en état une façade ancienne, cette plaquette vous aidera à avoir une approche d’ensemble et à répondre aux questions qui se posent le plus souvent.

Bonne lecture

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Liste des sujets abordés :

  • AU PIED DU MUR piquer l’enduit ou le conserver ?
  • LA CHAUX QU’IL FAUT … un petit guide des dosages
  • ENDUIRE OU LAISSER A NU ? une question qui se pose souvent
  • ON GARDE TOUT … quand on ne pique pas l’enduit
  • ON RECOMMENCE … quand on pique l’enduit
  • JARGON DE FAÇADES les mots clés pour dialoguer avec votre artisan
  • ELEMENTS DE MAÇONNERIE ET DÉCORS
  • MENUISERIES  FERRONNERIES  ZINGUERIE
  • LES DEVANTURES en applique ou en feuillure
  • LES FAÇADES EN PIERRE DE TAILLE un vocabulaire riche et une vue d’ensemble des techniques et de leurs effets

AU PIED DU MUR … piquer l’enduit ou le conserver ?

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Débord de toiture, génoise, corniche

Nommé aussi “passée de toiture” ou “couronnement”, le débord de toiture se détache sur fond de ciel et arrête le regard.  Quelque soit son nom, l’avant toit s’avance dans le vide pour écarter les eaux de pluie de la façade. Le débord du toit est d’autant plus important que la façade est haute et le climat rigoureux.

A Venise, gouttière en marbre portée par des corbeaux eux aussi en marbre.

La silhouette familière des passées de toiture caractérise souvent une région, par ses formes et ses matériaux. Chevrons de bonne section, lauzes imposantes, terre cuite des génoises, pierre de taille des corniches.

Des décors accompagnent ces bords de toiture, frises en bois découpé, bandeaux dessinés, corniches feintes ou en plâtre sur lattis et même, à Venise, marbre festonné.

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Chêneau ou gouttière ?

Comme le soubassement à l’autre extrémité de la façade, le bord du toit gère l’eau. Au bas de la pente de toiture l’eau goutte … dans la gouttière, puis elle coule jusqu’à la descente en zinc, en cuivre ou en terre cuite.

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Un Soubassement beau et utile

Soubassement à la pouzzolane. Finition fouettée au balais.

.Le soubassement nous réserve de nombreuses surprises.

Vous n’imaginez pas toutes les erreurs qu’on peut faire au niveau d’un soubassement mais ce sont finalement autant de bonnes solutions à découvrir.

Cette petite zone en pied de façade  m’a conduit à formuler près de  40 conseils. Allons y voir …

De nombreuses raisons conduisent à souligner le bas d’une façade par une sur-épaisseur d’enduit.

Le soubassement doit encaisser les chocs sans trop se dégrader. D’une couleur distincte de l’enduit il sera plus facile à réparer à peu de frais.

En contact avec le sol il est la première zone d’évaporation à favoriser pour éviter que l’eau en provenance du sol ne remonte plus haut ou ne ressorte à l’intérieur (les fameuses remontées capillaires).

En général gris ou peu coloré il met en valeur la couleur de l’enduit situé au dessus. Composé de sable gros il contraste avec l’aspect généralement plus fin de l’enduit de façade.

Le soubassement idéal est en pierres froides. Il coupe les remontées capillaires et il constitue un pied de mur solide.

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