Maîtriser une opération façades subventionnée

Enduit à la chaux et patine à fresco. Toutes les photos sont de Philippe Golcberg, artisan spécialisé passionné et qui a pris le temps de se former.

Vous êtes architecte ou élu et vous souhaitez lancer une opération de mise en valeur des façades subventionnée sur votre centre ancien, grand ou petit.

Il y a 30 ans la mise en valeur des façades était une opération “d’accompagnement” des OPAH.

Aujourd’hui les communes ou communautés de communes lancent parfois l’opération de mise en valeur des façades en même temps que l’opération de réhabilitation des logements mais de plus en plus souvent “l’opération Façade” continue seule ou commence également seule.

Pour lancer une opération façade subventionnée on doit …

  • Choisir un périmètre
  • Rédiger un règlement
  • Mettre en place un conseil gratuit aux propriétaires
  • Informer le public
  • Informer les artisans
Sgraffito Art Nouveau
Sgraffito Art Nouveau

On oublie souvent de définir la palette des couleurs recommandées au début de l’opération et on oublie aussi de faire le point des matériaux locaux et des techniques de référence par époque.

On oublie toujours de faire le point du savoir-faire des artisans par rapport aux techniques que l’on souhaite favoriser pour leur qualités techniques et esthétiques.

On se condamne ainsi à subir les savoir-faire standards contre lesquels on va s’épuiser à luter pour avoir des façades mieux traitées et plus belles qu’à l’habitude.

Je vais résumer ici les condition d'une opération qui marche
et les pièges qui freinent une vraie mise en valeur des façades.

Dans l’idéal, une étude préalable doit permettre de faire un état des lieux qui liste …

  • Les pratiques inadaptées les plus fréquentes
  • Les techniques maîtrisées aujourd’hui
  • Les techniques de référence non maîtrisées
  • Les couleurs adaptées aux murs / aux encadrements / aux menuiseries et ferronneries (Cet article résume le rapport entre l’Architecture, les Techniques et les Couleurs que l’étude doit restituer)
Enduit médiéval, patines et bandeau vertical
Enduit médiéval et patines.

L’étude montre la qualité architecturale du centre historique, les altérations subies, les techniques à retrouver et les couleurs et matériaux recommandés.

On en tire des arguments pour les élus et l’architecte en charge de l’opération, avant de sensibiliser les habitants et les artisans.

A cette étape il est primordial de faire le point des besoins en formation et de proposer ces contenus de formation aux artisans dés le début de l’opération.

Lancer une opération façade AVEC des formations permet de signifier clairement que les subventions ne seront pas données pour faire le travail standard habituel, souvent inadapté et incomplet.

Le tutorat : Les formations ne suffisent pas pour que les techniques entrevues soient maîtrisées. La seule solution pour assimiler une technique c’est de l’appliquer sur un chantier le plus tôt possible. Il faudrait donc avoir le chantier à traiter AVANT de se former, ce qui est rarement le cas. L’autre solution est de prévoir, en complément à la formation, de traiter la première façade qui se présentera avec le formateur comme tuteur.

Le tuteur, payé par l’entreprise qui en bénéficie, guide les ouvriers qui assimilent ensemble les gestes et les notions expliquées en formation.

L’autre possibilité est de faire après la formation, des groupes de 3 artisans. Ensuite chaque artisan reçoit à son tour sur son chantier pendant une journée, les 2 autres artisans à l’occasion d’une finition ou d’une technique non maîtrisée, par exemple … Un enduit graissé / Une patine / Des reprises de pierre. Le tuteur est payé par l’entreprise qui reçoit.

Le règlement détaille les techniques subventionnées et le montant des aides. Il doit clairement favoriser les techniques que l’on souhaite mettre en avant, habituellement les enduits à la chaux formulés sur chantier / les badigeons de chaux / les peintures silicates / la restauration maîtrisée de la pierre de taille / les patines … Le règlement doit aussi demander au propriétaire de ne pas solder la facture avant la réception du chantier, mais de retenir le montant de la subvention.

Si on ne peut pas interdire les techniques standard comme les enduits industriels et les peintures organiques, on peut au moins les aider peu ou pas du tout.

Quand l’écart de subvention compense l’écart de prix entre les techniques  de qualité et les techniques standard, on a les bonnes techniques. Des aides égales ou pas assez majorées favorisent le moins cher, donc le pire.

Dessin Art Nouveau réalisé à fresco
Dessin Art Nouveau réalisé à fresco. Les façades subventionnées doivent se distinguer des façades réalisées sans subvention. Elle démontrent qu’il existe d’autres techniques que l’enduit industriel et la peinture organique !

Ne pas proposer de formation sur les techniques dont nous avons besoin nous condamne à subir la loi du marché. En clair ce sont les artisans les moins chers qui tirent l’opération vers le bas. Les meilleurs artisans vont travailler ailleurs ou se contentent des quelques propriétaires qui choisissent la qualité quand les autres ne regardent que le prix.

La concurrence ne tire jamais l’opération vers le haut. Des subventions bien calibrées sont le seul antidote à la dérive du moins disant.

Deux ans après le lancement de l’opération et des formations on peut exclure les artisans qui n’ont pas fait l’effort de se former. Ceux qui savent déjà bien faire n’auront pas de mal à donner une liste d’adresses qui témoignent des techniques qu’ils maîtrisent.

Ces quelques évidences n'en sont malheureusement pas si on en juge par
toutes les opérations qui pâtissent du manque de savoir-faire des artisans.

Il est normal que les artisans qui travaillent majoritairement sur la construction neuve ne soient pas formés pour le bâti ancien mais dans ce cas il est tout aussi normal de les écarter des chantiers patrimoniaux qui demandent une compétence qu’ils n’ont pas.

Réciproquement c’est en créant la demande par des subvention adaptées qu’on va inciter les artisans sérieux à se former pour répondre à la qualité recherchée.

Frise aux patines sophistiquées
Frise aux patines sophistiquées, proposée par l’artisan et choisie par les propriétaires qui voulaient se faire plaisir tous les jours, en passant devant une façade originale dans ses couleurs, ses nuances et ses techniques.

Une opération n’a pas besoin de beaucoup d’artisans pour réaliser les X façades annuelles de l’opération. Elle a besoin de quelques entreprises spécialisées et motivées qui se sont formées et continuent à apprendre pour toujours mieux faire.

En résumé il faut savoir exprimer la qualité qu’on veut en échange de l’argent public investi. Dire clairement pourquoi on veut ces techniques et comment les maîtriser.

Proposer des formations aux techniques requises avec les entreprises déjà sensibilisées et volontaires pour progresser. Les autres ont d’autres marchés dans leur compétence.

Si l’opération part sur de bonnes bases, tout le monde y gagne :

  • Les élus, par la qualité des réalisations et la mise en valeur du centre ancien.
  • Les propriétaires, par la valorisation de leur maison.
  • Les artisans, par le savoir-faire acquis qui leur donne accès à des chantiers qualitatifs plus valorisants.

Je résume ici presque 30 ans de suivi d’opérations façades. On n’imagine pas l’énergie perdue à lutter contre le courant du savoir-faire ordinaire quand le rapport exigences / subvention est mal calibré au départ.

Que votre expérience confirme ou nuance mes constats, n’hésitez pas à témoigner des moyens que vous avez trouvé pour faire progresser la qualité des travaux dans vos opérations. J’ajouterai vos conseils à cet article, pour le bénéfice de tous .

Merci

 

 

 

 

 

Chaux aérienne en pâte ou en poudre ?

Chaux aérienne en pâte
Chaux aérienne en pâte, dite “Chaux Grasse” ou “Grassello di calce” en Italien.

La chaux en pâte est bien meilleure que la chaux en poudre, mais pourquoi et dans quelles situations ?

Les travaux les plus fins, marmorino, stuc, fresque, cadrans solaires se font avec une chaux en pâte, une chaux “grasse”.

Pour les maîtres artisans qui maitrisent ces techniques, la chaux aérienne en poudre n’apportera jamais le confort de travail qu’apporte la chaux en pâte ni sa résistance finale.

La chaux aérienne en poudre est pour eux un produit sans rapport avec la pâte et effectivement je pense qu’on devrait parler de deux produits différents, même si  ces deux chaux éteintes sont des produits identiques du point de vue chimique … Ca (OH)2

En pratique au moins 5 caractéristiques de la chaux en pâte laissent loin derrière la chaux en poudre :

Le confort de travail qu’apporte la chaux en pâte est lié à sa plasticité, son “onctuosité”. Ce confort provient de sa structure en feuille (un peu comme des argiles) acquise au cours de son mûrissement en bac immergés. Cette phase de maturation, la chaux en poudre ne la connaîtra jamais.

– La résistance finale des mortiers à la chaux en pâte, à dosage égal, est évidente.

– La dureté de surface est sans comparaison. Des stucs à la chaux en pâte sont plus de vingt fois plus durs que les mêmes stucs réalisés à la chaux en poudre.

– La prise des mortiers est plus rapide avec une chaux en pâte, le mortier est plus vite hors de risque, en cas de pluie sur un enduit récent.

– La réaction pouzzolanique est majorée entre une charge pouzzolanique et une chaux en pâte.

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La chaux aérienne en poudre a 2 avantages :

– Elle répond à l’habitude prise de travailler avec des liants en poudre.

– Elle est nettement moins chère.

En France la chaux en pâte est vendue principalement pour des travaux de décor intérieurs. Son prix varie de 1,60 à 2,5 €/Kg (et environ 1,7 € le Kg en Italie, pour une chaux grasse “vieillie”).

Un sac de chaux en poudre de 25 Kg coûte environ 16€ soit 0,7 € / Kg. Pour comparer le prix de la chaux en poudre ou en pâte il faut prendre en compte aussi la Masse Volumique Apparente.

En résumé 25 Kg de chaux aérienne en poudre de MVA 0,5 Kg/litre = 50 litres. Il faut 65 Kg de chaux grasse en pâte de MVA 1,3 Kg/litre pour avoir 50 litres de pâte.

En résumé pour 16€ on a 50 litres de poudre mais pour avoir 50 litres de pâte il faut environ 66 Kg ce qui coûte entre 100 et 160 € soit de 6 à 10 fois plus cher !

Si l’on prépare soi-même la chaux en pâte à partir d’une chaux vive (50 Kg de chaux vive pour 150 litres d’eau) on peut arriver à un prix au Kg de 0,10€/Kg sans compter le temps de travail et le stockage dans des bacs au moins 12 mois.

grassello
En Italie la chaux grasse est vendue en sacs plastiques étanches et sa maturation en bac peut être garantie de 12 à 48 mois par la “banca della calce.it”

En Italie la chaux en pâte est vendue en seaux ou en berlingots plastiques un peu moins chers, mais surtout les chaux en pâte Italiennes peuvent bénéficier d’un label beaucoup plus exigeant que la norme Européenne. On trouve des chaux en pâte garanties vieillies de 12 mois minimum à 48 mois … En Françe il n’y a pas l’équivalent de ce label.

Un article publié sur le “Forum Calce” nous aide à répondre à la question du début : “comment expliquer la qualité d’une chaux en pâte et comment la reconnaître ?”

Pour commencer, précisons que toutes les chaux en pâte ne se valent pas. La meilleure chaux en pâte est dite “chaux Grasse” et elle mérite ce nom seulement si une tonne de chaux vive permet de produire plus de 2,5 m3 de chaux en pâte.

Si une tonne de chaux vive permet de produire entre 1,5 m3 et 2,5 m3 de chaux en pâte, la chaux est dite “maigre”. Ce ratio met en évidence une première notion. Toutes les chaux vive ne se valent pas et les meilleures incorporent beaucoup plus d’eau que les plus maigres.

Une bonne chaux en pâte c’est donc tout à la fois une chaux “grasse” et une chaux vieillie 12 mois minimum. On comprend déjà pourquoi une chaux en poudre mouillée donne une pâte qui n’aura jamais les caractéristiques du vrai “Grassello di calce” (chaux grasse en Italien). Une chaux grasse se transforme pendant sa macération.

Les recherches montrent que des marbres comme ceux de Carrare fournissent une chaux très maigre. Une tonne d’oxyde de calcium ne produit que 1,3 m3 de chaux éteinte.

Le faible rendement est lié à la structure saccharoïde particulière du marbre, dont la cuisson produit une chaux caractérisée par de grands cristaux d’oxyde de chaux qui s’hydratent très lentement.(extrait d’un article du Forum calce)

Norme à vérifier pour “le choix d’une bonne chaux en pâte” :

Dans la “News” d’avril 2009 du Forum Calce, Gianluca Pesce nous donne des repères pour lire les étiquettes et identifier les chaux en pâte conformes à la norme Européenne. Ca permet déjà de repérer les chaux les plus pures et d’exclure les produits que l’on ne peut pas identifier par la norme. Si un pro vous dit que ce produit non étiqueté est bon, prenez le, sinon évitez le.

Dans tous les cas, on doit trouver sur l’étiquette la norme Européenne “EN 459-1”

Une chaux aérienne produite à partir d’une chaux vive calcique est notée CL (abrégé de Calcic Lime en Anglais). Elle est composée d’oxydes et d’hydroxydes de calcium.

Une chauxaérienne produite à partir d’une chaux vive Dolomitique est notée DL (Dolomitic Lime). Elle est composé d’oxydes et hydroxydes de Magnésium.

Après l’abrégé CL ou DL est indiqué le % total de chaux présente dans le produit. Il peut varier de CL 70% à CL 90% et de DL 80 à DL 85 pour les chaux magnésiennes.

Dans tous les cas une chaux calcique doit avoir moins de 5% de magnésium.

La différence entre une chaux CL 70 et CL90 et due à la présence d’impuretés comme des carbonates qui peuvent se former par réaction de la chaux avec l’air (donc de la chaux morte revenue à l’état de pierre, de charge inerte, non liante).

Une bonne chaux aérienne de restauration est donc une chaux calcique CL 90, ou une chaux magnésienne DL 85, mais pour les chaux grasses (en pâte) l’étiquette doit toujours porter en plus le sigle S PL.

S PL pour les chaux grasses calciques en pâte

S ou S1 pour des chaux calciques en Poudre

S2 pour des chaux grasses Magnésiennes

En résumé 2 sigles sont conseillés comme premiers critères de choix d’une bonne chaux aérienne : 
EN 459‐1   CL 90 S1  (pour les chaux aériennes calciques)
EN 459‐1   DL 85 S2 (pour les chaux aériennes dolomitiques)

et derrière le S il y a “PL” pour les chaux grasses en pâte.

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Oui mais … comment identifier une bonne chaux en pâte ?

La norme n’est qu’une garantie minimum. Elle permet d’exclure des produits de moindre qualité mais elle ne nous dit pas pourquoi une chaux en pâte est meilleure qu’une autre ni comment l’identifier.

La question de la qualité de la chaux grasse en pâte, est abordée dans le livre d’Andrea Rattazzi “Conosci il grassello di calce ?” (Connaissez vous la chaux grasse ?). J’ai essayé d’extraire de ce livre technique de 200 pages quelques notions relatives à la qualité d’une “chaux grasse”.

Conditions pour produire une bonne chaux grasse en pâte, en 3 étapes :

CUISSON et choix de la pierre : La cuisson douce (<1000°) d’un calcaires micro cristallin et poreux donnera une chaux grasse. La chaux vive qui en résulte est composée de particules très fines aux pores nombreuses mais petites. Le marbre, macro cristallin, donne à l’inverse une chaux très maigre.

EXTINCTION – La cuisson douce induit une réactivité à l’extinction plus élevée. L’extinction doit être maîtrisée et la chaux vive ni noyée ni brûlée.  On veillera à ce que la température pendant l’extinction se situe entre 80 et 95°. Il est préférable d’éteindre la chaux vive peu après sa sortie du four. Le rapport eau / chaux vive en poids est de 3,5/1 Kg pour les chaux les plus grasses. L’école de Léon en Espagne conseille un rapport de 3,6 litres d’eau pour 1 Kg de chaux vive.

MATURATION – Pendant la maturation en bac, les cristaux d’hydroxyde de calcium subissent des changements de morphologie et de dimensions qui augmentent la plasticité, la maniabilité et la rétention d’eau de la chaux grasse. Dans un 1er temps les grumeaux se re-divisent en parties plus petites. Dans un 2eme temps les particules s’organisent sous l’effet d’une polarisation par des ions, en lamelles rangées un peu comme des feuillets d’argile. C’est cette structure qui explique les caractéristiques d’une chaux grasse de qualité, bien macérée, sa plasticité et sa capacité à retenir l’eau entre les feuillets.

Comment reconnaître une bonne chaux grasse en pâte ?

– Vitruve déjà donnait ce conseil : Trempez un outil en fer dans la chaux en pâte. Si le fer ressort propre c’est que la chaux est maigre et “sèche”. Si le fer ressort enrobé de pâte agglutinée autour du fer c’est que la chaux est grasse, qu’elle a macérée assez longtemps  et qu’elle a été bien préparée à toutes les étapes de sa fabrication (choix des pierres, cuisson, extinction, macération).

– La garantie apportée par la “banca della calce” nous donne une idée des critères scientifiques pris en compte pour apprécier la qualité d’une chaux en pâte.

Tout commence par le suivi de la fabrication et le suivi régulier des bacs de maturation de la chaux. En complément, des analyses sont faites avant le conditionnement des lots de chaux pour la vente. Ces analyses portent sur 5 critères :

  • L’indice de blancheur
  • La surface spécifique (indice de finesse de la chaux en pâte)
  • La morphologie cristalline
  • La viscosité dynamique
  • La teneur en matières solides (l’extrait sec et du coup le % d’eau contenu dans 1 Kg de pâte. Dans l’exemple ci-dessous 47% d’extrait sec => 53% d’eau dans cette chaux grasse en pâte). La MVA n’est pas donnée mais elle est souvent entre 1,3 et 1,4 Kg / litre.
certificat 24 mois
exemple de valeurs mesurées sur un lot certifié par la “banca de la calca” pour un lot vieilli 24 mois.
certificat 48 mois
Exemple de valeurs mesurées sur un lot certifié par la “banca de la calca” pour un lot vieilli 48 mois.

– Le temps de vieillissement (de 12 à 48 mois) est également mentionné sur les étiquettes.

Je n’ai pas trouvé les fourchettes des valeurs considérées comme bonnes pour ces 5 critères.

Je compléterai cet article si je trouve des informations complémentaires.

– Les 2 exemples de mesures ci-contre à 24 et 48 mois ne peuvent pas être comparés car ils concernent 2 chaux différentes. Par contre le BET de 14 m2/g à 24 mois et de 8,9 m2/g à 48 mois semble montrer que 24 mois de plus ne compensent pas la finesse moindre de la chaux au départ.

Le % d’extrait sec est le même (47%) donc l’eau représente 53% du poids de ces 2 chaux grasses en pâte. Si nous avions la MVA de ces pâtes nous pourrions en déduire le poids de chaux sèche. Pour une chaux en pâte avec une MVA de 1,35 Kg/litre, l’eau représenterait 715  g et la chaux 634 g. En théorie ce calcul permettrait de convertir un dosage connu avec une chaux en poudre qui fait 500 g /litre.

Par exemple un dosage en finition habituellement réalisé avec 3 seaux de chaux en poudre (30 litres = 15 Kg) pour 9 seaux de sable pourrait être remplacé par 24 litres de chaux en pâte qui apportent autant de chaux que 30 litres de poudre … donc 20% de chaux en moins, en volume.

Cette approche théorique n’est qu’une base de travail à valider pour chaque technique.

Ce qui compte c’est la pratique, c’est l’appréciation de l’artisan qui sait voir si le dosage est correct ou s’il faut majorer ou minorer les quantités de liant quand il passe de la chaux en poudre à la chaux en pâte. A volume égal on sait que la chaux grasse en pâte a une capacité liante plus forte que la chaux en poudre. Il semble donc logique de minorer les volumes de chaux connus en poudre quand on passe à la pâte.

En France il y a quelques chaux en pâte plus ou moins connues :
  • La chaux en pâte d’Augmontel

C’est la plus ancienne que je connaisse et j’ai eu plusieurs avis très positifs sur cette chaux en pâte de la part d’artisans qui maîtrisent les applications à la chaux en pâte.

  • La chaux en pâte “Pozzo Nuovo”

Plus récente, elle est  probablement bonne mais je n’ai pas encore de retours d’artisans sur sa qualité.

Si vous en connaissez d’autres, merci de me les signaler, je peux les ajouter à la liste.

Toujours vérifier que ce soient de vraies “chaux grasses”, des pâte issues de chaux vive. Comme vous l’avez compris, les chaux présentées “en pâte” mais formulées à partir de chaux aérienne en poudre mouillée sont à exclure.

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La plus part des notions de cet article sont extraites de 3 sources :

– Le livre d’Andrea Rattazzi “Conosci il grassello di calce ?” (Vous connaissez la chaux grasse ?”)

– Des articles de la “banca della calce” : Riconoscere il grassello di qualità.pdf” (Reconnaître une chaux grasse de qualité”) Cet article au titre alléchant a l’inconvénient de NE PAS donner de critères techniques. Il les promet dans un futur article introuvable.

– Des articles du Forum Calce. cette association fait un travail de fond sur la chaux grasse et propose des formations aux techniques à base de chaux grasse en pâte.

Je les remercie pour les infos mises en ligne.

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Si vous avez des questions ou des témoignages sur votre pratique de la chaux en pâte,
n’hésitez pas à me les communiquer. Un article à partir de pratiques de chantiers serait souhaitable, 
pour passer de la théorie à la pratique.

Le diagnostic des façades

Diagnostiquer une façade c’est passer de l’état actuel concret, à l’état futur, virtuel. Le chemin pour passer d’une rive à l’autre peut-être simple ou tortueux, évident ou semé d’embuches.

Le chemin se fera évidemment en trois étapes mais pas dans l’ordre attendu. On devra …

  • Lire l’état actuel (qui consiste souvent en un diagnostic des pathologies)
  • Choisir un état final parmi de nombreux possibles.
  • Lister les étapes du travail qui relient les deux rives, comme un passage à gué.
FCD type400
Tous ces éléments doivent être décrits dans leur état actuel avant de noter les travaux à réaliser et l’état final recherché. Selon votre région, d’autres éléments devront être ajoutés pour bien décrire les façades de vos centres anciens.

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